Seul un État démocratique fondé sur la volonté de tous peut assurer à tous, sans distinction de race, de couleur, de sexe ou de croyance, les droits qui leur reviennent de par leur naissance ;
Cʼest pourquoi nous, peuples de lʼAfrique du Sud, Blancs aussi bien que Noirs, réunis comme des égaux, des compatriotes et des frères, adoptons cette Charte de la liberté.
• Le gouvernement doit appartenir au peuple.
Toute personne doit avoir le droit de voter et dʼêtre éligible à tout organe législatif.
• Tous les groupes nationaux doivent jouir de droits égaux.
Tous les groupes nationaux comme toutes les races doivent être sur un pied dʼégalité, aussi bien dans les administrations de lʼÉtat que dans les tribunaux et les écoles.
Le droit de parler leur langue maternelle et de développer leur culture et leurs coutumes traditionnellesdoit être le même pour tous.
Toutes lois et mesures dʼapartheid doivent être abrogées.
• Le peuple doit avoir sa part du patrimoine national.
La propriété des richesses minérales que recèle le sol, ainsi que celle des banques et des industries à caractère de monopole, doivent être transférées à la communauté.
Tous doivent jouir du même droit dʼexercer un commerce là où ils le désirent, de se livrer à lʼindustrie ou dʼadopter un métier, manuel ou non, comme toute profession.
• La terre doit être partagée entre ceux qui la travaillent.
Il convient dʼabolir les restrictions à la propriété foncière imposées pour des raisons dʼordre racial et la totalité des terres doit faire lʼobjet dʼune redistribution entre ceux qui la travaillent afin que disparaissent la famine et la pénurie de terre.
Tous doivent jouir du même droit de sʼinstaller sur la terre, là où ils le désirent.
• Tous doivent être égaux devant la loi.
Nul ne doit être emprisonné, déporté ou voir sa liberté restreinte sans que sa cause ait été équitablement entendue.
Toute loi qui prévoit une distinction fondée sur la race, la couleur ou les convictions doit être abrogée.
• Les droits de lʼhomme doivent être les mêmes pour tous.
La loi doit garantir à tous le droit à la liberté dʼexpression, le droit de sʼorganiser, le droit à la liberté de réunion, le droit de publier, de prêcher, de pratiquer le culte et aussi de donner à leurs enfants lʼéducation de leur choix.
Toute personne doit pouvoir se déplacer librement de la campagne vers la ville, dʼune province vers une autre, et pouvoir quitter lʼAfrique du Sud pour lʼétranger.
Les lois relatives aux laissez-passer et autorisations et toutes autres lois limitant la liberté de déplacement doivent être abrogées.
• Le travail et la sécurité doivent être assurés.
Quiconque travaille doit être libre de fonder avec dʼautres des syndicats.
Hommes et femmes de toutes races doivent recevoir un salaire égal à travail égal.
La semaine de travail sera de quarante heures ; tous les travailleurs bénéficieront dʼun salaire minimum national garanti, de congés annuels payés et de congés de maladie, et toutes les mères qui travaillent auront droit à des congés de maternité à plein salaire.
• Lʼinstruction et la culture doivent être accessibles à tous.
Lʼéducation doit viser à enseigner à la jeunesse lʼamour de sa patrie et de sa culture nationale, ainsi que le respect de la fraternité humaine, de la liberté et de la paix.
Lʼinstruction doit être gratuite, obligatoire, universelle et égale pour tous les enfants.
Les études supérieures et la formation technique doivent être accessibles à tous grâce à des allocations de lʼÉtat et à des bourses attribuées au mérite.
Dans la vie culturelle, dans les sports et dans lʼéducation, toute distinction fondée sur la couleur doit être abolie.
• On doit créer des logements, assurer le confort et la sécurité.
Toute personne doit avoir le droit dʼhabiter là où il lui plaît, dʼêtre décemment logée et dʼélever sa famille dans le confort et la sécurité.
Les quartiers indigènes clos et les ghettos doivent être supprimés et toutes les lois qui dispersent les familles doivent être abrogées.
• La paix et lʼamitié doivent régner.
LʼUnion sud-africaine doit être un État pleinement indépendant qui respecte les droits et la souveraineté de toutes les nations.
Les habitants des protectorats du Bassoutoland, du Betchouanaland et du Souaziland doivent être libres de décider par eux-mêmes de leur sort.
Source : Conseil mondial de la paix avec la collaboration de la Section spéciale des Nations unies sur lʼapartheid, Helsinki, 1975.
